ÉVALUATION DIAGNOSTIQUE DES ACQUIS SCOLAIRES AU LIBAN - PASEC

Charlotte Hanna Chef de l’unité de planification Centre de Recherches et de Développement Pédagogiques.

 

 

 

La CONFEMEN (Conférence des ministres des pays ayant le français en partage) est la plus ancienne institution de la Francophonie. Créée en 1960, elle regroupe 41 États et gouvernements membres. Elle a pour missions:

  • d’informer les membres sur l’évolution des systèmes éducatifs ;
  • de nourrir la réflexion sur des thèmes d’intérêt commun et les réformes en cours;
  • d’animer la concertation entre ministres et experts pour appuyer les politiques d’éducation.

Et, dans le cadre d’un meilleur pilotage des systèmes éducatifs, le Programme d’Analyse des Systèmes Éducatifs de la CONFEMEN PASEC a été créé par les Ministres de l’Éducation en 1991, dans la foulée de la première conférence mondiale sur l’éducation pour tous de Jomtien (Thaïlande, 1990), avec pour objectifs:

  • d’identifier des modèles d’écoles efficaces et peu coûteux, en procédant à des enquêtes par échantillonnage dans les écoles, puis en effectuant des comparaisons à l’échelle nationale et internationale ;
  • de développer, dans chacun des États participants, une capacité interne et permanente d’évaluation de leur système éducatif ;
  • de diffuser les méthodes et les instruments d’évaluation préconisés, de même que les résultats obtenus.

Le Liban, étant membre de la CONFEMEN et désireux de profiter des expériences éducatives des tiers pays et d’évaluer son système éducatif à travers les acquis des élèves, a participé en 2008-2009 au neuvième programme du PASEC.

1- La méthodologie du PASEC
La méthodologie du PASEC repose sur une mesure des acquis scolaires en début d’année et en fin d’année, ce qui permet d’analyser les résultats selon le paradigme de recherche bien connu de "valeur ajoutée".
Des tests de langues (arabe, français et anglais) et des tests de mathématiques ont été administrés
à des échantillons des élèves de la 2ème année et des élèves de la 5ème année de 150 écoles du cycle primaire. Des questionnaires contextuels ont été administrés aux élèves, de même qu’aux enseignants et directeurs.

La méthodologie employée par le PASEC:
le modèle théorique

La méthodologie employée par le PASEC: le modèle théorique


Échantillonnage de l’évaluation PASEC au Liban
La base de sondage utilisée pour tirer l’échantillon de l’évaluation provient du CRDP (Centre de Recherche et de Développement Pédagogiques) pour l’année 2007/2008, soit l’année scolaire qui précède celle de l’enquête. La méthode d’échantillonnage retenue par le PASEC est celle d’un échantillonnage stratifié à trois degrés: (i) les écoles, (ii) les classes et enfin (iii) les élèves. La base de sondage est préalablement scindée en strates choisies pour représenter au mieux la diversité du contexte éducatif au Liban. Le nombre d’écoles sélectionnées au sein de chacune de ces strates est proportionnel au nombre total d’élèves de 2ème année de base et de 5ème année de base qui relèvent de celles-ci. D’abord 150 écoles sont sélectionnées avec une probabilité proportionnelle au nombre d’élèves qui y sont inscrits. Ensuite, une classe de 2ème année et une classe de 5ème année sont sélectionnées au sein des 150 établissements selon une procédure aléatoire simple. Les élèves sont ensuite choisis selon un tirage aléatoire simple au sein de leur classe (15 élèves de 2ème année et 15 élèves de 5ème année par école).
Généralement, les régions administratives servent de variable de stratification première. Toutefois, les strates retenues peuvent être définies sur la base de critères plus spécifiques, en fonction des problématiques assignées à l’évaluation. Trois variables de stratification potentielles permettent de décrire le système éducatif libanais: les régions ou Mouhafasa (7 modalités), le secteur (3 modalités: public, privé gratuit/subventionné, privé payant) et la première langue vivante de l’école (2 modalités: français, anglais). Pour des soucis de représentativité de chaque strate retenue dans l’échantillon, il a finalement été convenu que seuls le secteur et la première langue vivante de l’école seraient retenus comme variables de stratification, chacun étant représenté au sein de chaque région. Au total, six strates ont donc été définies comme l’indique le tableau suivant.
Les effectifs des élèves de 2ème et 5ème année ont été utilisés pour calculer les poids des écoles. Quatre écoles n’ont pas souhaité participer aux enquêtes et ceci, depuis la première phase de collecte.

Tableau 1- Données collectées – Évaluation PASEC Liban 2008-2009

Données collectées – Évaluation PASEC Liban 2008-2009


L’ensemble des classes prévues en dehors de celles se trouvant dans les quatre écoles n’ayant pas participé à l’enquête ont été enquêtées en 5ème année, soit un taux de réponse de 97%. Une seule classe prévue n’a pu être enquêtée en 2ème année du fait de l’inexistence de ce niveau dans des une écoles, soit donc un taux de réponse de 97%. Toutes les classes participantes ont été sondées lors du pré-test et lors du post-test.

2- Performances des élèves du primaire
La performance des élèves aux tests est considérée comme un indicateur de la qualité des acquis scolaires des élèves. Le niveau de cet indicateur ne fournit pas une mesure parfaite du niveau de connaissance des élèves. Cependant, tel que construit, l’indicateur produira des variations entre les élèves et donc facilitera l’identification des facteurs d’efficacité.
Les tests standards PASEC ont été modifiés afin qu’ils soient adaptés au contexte socioculturel et pédagogique du Liban. Ainsi, les modifications introduites portent essentiellement sur l’augmentation du niveau de difficulté de l’item, le format de la question (du choix multiple à la question ouverte), ou le remplacement définitif de l’item.
Le score obtenu par élève représente le pourcentage de réponses correctes données par l’élève au test PASEC. Ainsi, à travers les disparités qui seront observées entre les élèves participants, les scores deviennent une source importante d’information sur le système d’enseignement étudié. Il importe cependant de rester prudent dans l’interprétation du score. Un élève qui obtient un score de 80 n’est pas deux fois plus performant qu’un autre élève qui obtiendrait un score de 40.

Résultats des élèves de la 2ème année de base aux tests PASEC 2008-2009
 

* Les moyennes au niveau national
Les tests de début et de fin d’année sont différents aussi bien dans leurs contenus que dans leurs objectifs, même s’ils contiennent des items d’ancrage commun. Aussi, les résultats aux deux tests ne peuvent pas être comparés directement. Il serait, par exemple, totalement erroné de conclure qu’un résultat plus faible en fin d’année qu’en début d’année traduirait une diminution du niveau des élèves.
Les tableaux qui suivent présentent les performances moyennes1 des élèves libanais aux tests d’arabe, de mathématiques et de la langue vivante première (français ou anglais).
Les résultats dans les quatre disciplines en début d’année sont relativement élevés. Les élèves libanais ont pu fournir plus de 70% de bonnes réponses en début d’année. En fin d’année, même si les niveaux de connaissances ne sont pas comparables dans le temps, on peut remarquer que le pourcentage de bonnes réponses est inférieur à celui du début d’année.
En effet, les scores moyens par discipline varient entre 71,28 et 72,65 en début d’année, et entre 56,36 et 72,49 en fin d’année. Cependant, ces niveaux moyens élevés cachent des disparités qui existent entre élèves. La lecture des écartstypes – indicateurs de disparités au sein de groupes – montre des disparités assez importantes en affichant des valeurs par discipline comprises entre 20,64 et 24,35 en début d’année et entre 20,58 et 26,44 en fin d’année. Le graphique 1  indique bien comment se répartissent les élèves et les disparités qui existent entre eux. Par exemple, on observe que 11,87% des élèves ont de grandes difficultés en mathématiques, avec un score inférieur au premier quartile qui est de 25/100. On remarquera d’ailleurs qu’en mathématiques, 35,6% des élèves ont moins de 50/100 en mathématiques, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas atteint la moitié des bonnes réponses aux tests PASEC. On compte tout de même, dans les quatre disciplines, un pourcentage assez important d’élèves ayant un très bon niveau, avec des scores supérieurs au troisième quartile qui est de 75/100, qui vont de 24,71% en mathématiques à 55,1% en français.
En 5ème année, on constate également que les scores des élèves sont relativement élevés, allant de 52,88 à 79,45 en début d’année et de 52,12 à 69,96 en fin d’année. De même, les disparités entre élèves sont très présentes, avec des écarttypes très importants en français.
Lorsque l’on observe le graphique 2 ci-après, on constate qu’un grand nombre d’élèvesb présentent des difficultés scolaires en mathématiques (47,27% d’élèves ayant un score inférieur à 50/100), en français (47,09% d’élèves ayant un score inférieur à 50/100) et en anglais (39,86% d’élèves ayant un score inférieur à 50/100). En arabe, le pourcentage d’élèves en difficulté est très faible (10,7%).

Graphique 1. Répartition des élèves de la EB2 par niveau* d'acquisition
suivant les disciplines

Graphique 1. Répartition des élèves de la EB2 par niveau* d'acquisition suivant les disciplines

* Les élèves du niveau" non acquis" ont un score inférieur à 25/100 ; les élèves "partiellement acquis" ont un score compris entre 25 et 50/100 ; les élèves "plus ou moins acquis" ont un score compris entre 50 et 75/100 et les élèves "acquis" ont un score supérieur à 75/100

3- Pistes de réflexion et recommandations
issues de l’atelier de restitution L’atelier de restitution des résultats PASEC s’est tenu à Beyrouth du 19 au 20 mars 2012 et a vu la participation de divers acteurs de l’éducation (le Ministre, les directeurs centraux, la Présidente du CRDP et son équipe, la Correspondante nationale de la CONFEMEN, les anciennes Correspondantes nationales, des conseillers pédagogiques, les partenaires techniques et financiers, des chercheurs, des directeurs et enseignants des écoles enquêtées, etc.).
Trois groupes de travail ont été mis en place et ont travaillé sur les différentes pistes de politiques éducatives énumérées ci-avant. Pour une mise en oeuvre plus aisée des recommandations, les thématiques des groupes de travail ont été définies en rapport avec ces pistes et les stratégies de la politique en vigueur du Ministère de l’Éducation.

Résultats des élèves de la 5ème année de base aux tests PASEC 2008-2009

Résultats des élèves de la 5ème année de base aux tests PASEC 2008-2009

 

Graphique 2. Répartition des élèves de la EB5 par niveau* d'acquisition suivant les disciplines

Graphique 2. Répartition des élèves de la EB5 par niveau* d'acquisition suivant les disciplines

* Les élèves du niveau" non acquis" ont un score inférieur à 25/100 ; les élèves "partiellement acquis" ont un score compris entre 25 et 50/100 ; les élèves "plus ou moins acquis" ont un score compris entre 50 et 75/100 et les élèves "acquis" ont un score supérieur à 75/100.

Le groupe n°1 a réfléchi sur la thématique "Assurer la qualité de l'éducation". Les recommandations issues de cette réflexion sont:

*Définir des critères d'évaluation précis pour les curricula, à savoir:
a- complétude et cohérence du curriculum: contenu, méthodologie, système d'évaluation;
b- progression d'un cycle à l'autre et d'une année à l'autre (contenu, âge de l'élève) ;
c- l'enseignant doit prévoir des procédures qui assurent des chances équitables d'apprentissage ;
d- le curriculum et non le manuel scolaire doit servir de référence à l'enseignant ; le curriculum doit prendre en considération les élèves ayant des besoins spécifiques ;
f- le curriculum doit développer des compétences socio-culturelles ;
g- le curriculum doit intégrer l'évaluation; l'évaluation doit prévoir l'évaluation des compétences supérieures (créativité, esprit critique…) ;
h- préciser la fonction de la langue étrangère par rapport au Liban.

*Prévoir un dispositif de suivi et d'accompagnement avec indicateurs bien définis:
a- préciser le profil de l'acteur qui assure le suivi ;
b- préciser les tâches ;
c- préciser le public ciblé par le suivi ;
d- élaborer les outils de suivi ;
e- définir des critères de "réussite" d'une école (taux de fuite, projets, effectifs…) ;
f- identifier les écoles dont le taux de réussite est élevé et préciser les facteurs de réussite afin de pouvoir les transposer et les adapter aux écoles n'ayant pas de taux de réussite acceptable ;
g- modifier, s'il le faut, le règlement intérieur afin de l'adapter aux pratiques de suivi et laisser à l'équipe éducative une marge de liberté pour prendre les initiatives nécessaires à la réussite de l'école.

* Implantation des bonnes pratiques dans les écoles publiques
a- Le travail en équipe (direction, personnel, enseignants): présenter des projets spécifiques à l'établissement et les faire valider par les décideurs pédagogiques.
b- L'ouverture sur l'environnement scolaire (partenaires extérieurs).
c- Redonner au métier d'enseignant toutes ses valeurs, le revaloriser (sanction et récompense…) et rattacher la promotion professionnelle à la performance de chacun.
d- Prévoir des locaux et des équipements conformes aux critères internationaux.
e- Imposer une formation continue annuelle (formations à préciser, nombre d'heures…). Former des enseignants aux nouvelles technologies.
Le groupe n°2 a réfléchi sur la thématique "Développement de l'enseignement des langues (arabe, français, anglais), et des mathématiques". Les recommandations issues de cette réflexion sont:
Pour améliorer l'enseignement des langues et des mathématiques, les réformes actuelles peuvent s’investir dans des actions bien définies.

*Au niveau des écoles
a- Introduire les TIC à l'école.
b- Exiger une formation initiale et continue.
c- Avoir des classes mixtes, ceci pouvant faciliter l'appropriation du savoir ou réduire l'écart.
d- Responsabiliser les parents / communiquer → conscientiser les parents afin d'assumer leur rôle de partenaire.
e- Instaurer des activités extra- scolaires (qui ne sont pas trop coûteuses) pour combler les lacunes sociales, culturelles,…
f- Encourager au sein de l'école des activités, des compétitions, des concours pour placer l'enfant dans une vraie situation de communication.
g- Avoir recours à un carnet de compétence.
h- Mettre en place des projets d'établissement.

*Au niveau des enseignants
a- Systématiser la formation continue après le diplôme et la formation initiale des enseignants.
b- Varier les méthodes d'enseignement pour passer de l'enseignement à l'apprentissage.
c- Prendre en considération "les intelligences multiples" dès la maternelle.
d- Améliorer la coordination verticale (entre les classes) et horizontale (au niveau de la classe).
e- Encadrer / Accompagner le professeur par les conseillers pédagogiques.
f- La coordination est un métier: il faut préparer la personne à exercer une telle profession.

g- L'enseignement coopératif au service du développement de l'enseignement des langues et des maths.
h- Relever la formation des enseignants en EB5.

*Au niveau du programme d’enseignement
a- Vérifier si les livres sont bien adaptés au programme.
b- Redéfinir la place du livre guide du maître dans l’enseignement.
c- Clarifier les pratiques d’enseignement à adopter.

*Au niveau des élèves: suivi des élèves en difficulté
a- Fixer les compétences de base et les compétences partielles (cycle1).
b- Avoir recours à la technologie pour aider l'élève dans l'appropriation du savoir.
c- Faire un aménagement pédagogique en classe.
d- Pédagogie différenciée (travail en ateliers, rattrapage, remédiation) – Formation des enseignants.
e- Observation critériée des enfants en difficultés (grille d'observation).
f- Formuler les difficultés / Classer par ordre de priorité / Analyser l'origine des erreurs / Proposer des stratégies de travail.
g- Concevoir un plan d'action (s) qui vise la remédiation et l'intervention pédagogique (contenu/ modalités de mise en oeuvre/ évaluation des modalités).
h- Évaluation du plan d'action(s) + recommandation (arrêter ou poursuivre l'intervention).
i- Carnet / Dossier d'élève / Portfolio.

Le groupe n°3 a réfléchi sur la thématique "Modernisation de la gestion et Formation des chefs d’établissements". Les recommandations issues de cette réflexion sont:
La modernisation de la gestion scolaire étant étroitement liée à l’innovation des lois et des règlements réitérées par les décideurs au Ministère de l’Éducation et de l’Enseignement Supérieur, il s’agit d’abord de définir les rôles des directions centrales au MEES (Directions de l’enseignement secondaire et de l’enseignement primaire) et le rôle de l’administration scolaire et d’élargir les compétences du chef d’établissement au niveau de la prise de décision.

*Descriptif de l’administration scolaire
a- L’administration scolaire moderne fonctionne en étroite collaboration entre le chef d’établissement, les surveillants, les responsables administratifs… Par ailleurs, il est de grande importance de créer de nouveaux postes indispensables à la réussite de l’opération éducative au sein de l’établissement, à savoir, le conseiller pédagogique, le psychopédagogue, le conseiller d’orientation, de santé, le conseil de classe et même le conseil des parents.
b- La modernisation de l’administration scolaire nécessite l’équipement de l’établissement scolaire au niveau logistique: bureaux, laboratoire, théâtre, CDI… mais surtout les moyens technologiques de communication: ordinateur, internet, LCD, tableau actif….

*Comment moderniser l’administration scolaire? Quelle stratégie? Stratégie de modernisation de l’administration scolaire en quatre étapes:
a- le recrutement du chef d’établissement: les caractéristiques fondamentales qui permettent de recruter le chef d’établissement sont i) la possession d’une licence d’enseignement, ii) l’expérience professionnelle d’enseignement de cinq ans au moins et iii) l’attribution du statut de cadre ;
b- la formation initiale ;
c- l’évaluation de l’efficacité de la gestion scolaire ;
d- le suivi de formation et l’évaluation continue.